son immersif, une expérience à part entière
Encore peu connu et considéré comme l’une des composantes d’une expérience immersive plus complète, le son immersif prend son indépendance et devient une expérience à part entière. Tour d’horizon.
Le son, un élément secondaire des expériences immersives ?
Le marché des expériences immersives au sein des lieux de visite culturels est largement porté par le développement des expériences audiovisuelles, qui placent le travail de l’image au premier plan et relèguent généralement la création sonore au rang d’élément contextuel secondaire, à l’image de l’expédition immersive L’horizon de Kheops, développée par la société Emissive. En effet, l’investissement financier nécessaire à la création visuelle laisse peu de place au design sonore dans la constitution d’un environnement multisensoriel.
Toutefois, des studios de production indépendants ont émergé ces dernières années en développant des propositions sonores innovantes et originales, visant à diversifier l’offre d’expériences immersives et à proposer des alternatives plus économiques.
L’immersion sonore : donner une nouvelle dimension aux objets et aux lieux
Le son immersif repose sur les innovations technologiques de spatialisation du son (le son binaural ou le son surround) permettant au visiteur de bénéficier d’une écoute en 3D.
Le son immersif constitue une opportunité d’enrichissement de l’expérience de visite et du discours au sein des expositions grâce à l’ajout d’une dimension supplémentaire à la médiation faite aux visiteurs dans leur appréhension des objets et des lieux. Reconstituer le paysage sonore d’une œuvre, tel que le musée du quai Branly l’a imaginé dans ses collections permanentes permet de compléter l’approche sensorielle des collections et de se détacher de la contemplation visuelle « comme unique point d’accès aux œuvres » tout en conservant un rapport direct à l’objet, attente forte exprimée par les visiteurs.
De la même façon, la visite des sites patrimoniaux peut également bénéficier de l’apport du son immersif grâce au développement de parcours sonores immersifs. Ces derniers, forme d’audioguides nouvelle génération, placent le visiteur au cœur d’une expérience sensorielle et narrative, souvent scénarisée et parfois enrichie de technologies numériques, tout en conservant la déambulation physique dans le site. Ainsi, les visiteurs de l’Hôtel de la Marine découvrent le monument au gré d’un parcours sonore narratif guidé par les employés et les habitants de l’hôtel et spatialisé, dont les dispositifs prennent en compte les mouvements de la tête et se synchronisent au fur et à mesure du cheminement. C’est bien tout l’enjeu de la dimension immersive de la médiation, qui cherche à renforcer l’engagement du visiteur en capitalisant sur l’évolution technologique et sur l’enrichissement de la narration.
Si les publics sont sensibles et attentifs à la qualité de la narration, ils le sont également à la qualité de l’information et à la véracité scientifique au sein des lieux culturels. Là également, le son immersif propose des avancées permettant d’enrichir le discours et la découverte des lieux. L’archéoacoustique, une démarche scientifique dédiée à la reconstitution de l’acoustique de lieux historiques. Dans les sites ayant un lien avec la musique, cette approche est particulièrement pertinente afin d’illustrer le discours, à l’image du projet Hesoan qui vise actuellement à proposer un parcours de visite immersif basé sur la découverte de l’acoustique de la chapelle du Palais des papes à Avignon au XIVe siècle.

Des publics conquis par le son des expériences immersives ?
Le renforcement du recours au son au sein des musées et des sites patrimoniaux contribue à une meilleure accessibilité de ces lieux, grâce au développement de produits avec une approche renouvelée et utilisables par les visiteurs en situation de handicap mais également par des publics spécifiques ou éloignés. Ainsi, le recours aux technologies sonores facilite la médiation pour les publics étrangers grâce à la démocratisation des propositions en langues étrangères et séduit les publics plus jeunes grâce à l’attrait de l’innovation et à un apprentissage favorisé. Le maintien d’offres proposant une immersion sonore et un rapport direct à l’objet ou au lieu permet également de dépasser la fracture générationnelle liée au niveau de familiarité avec les nouvelles technologies. En revanche, la question du caractère isolant de ce type de médiation interroge : près de 70% des visiteurs considèrent que les expositions immersives isolent les visiteurs (source : Baromètre 2025 des publics des musées et des lieux patrimoniaux Test – Gece), du fait du matériel individuel nécessaire.
Quels défis pour l’avenir pour les expériences immersives ?
En définitive, si le son immersif constitue un levier prometteur pour enrichir l’expérience des publics dans les lieux culturels, sa généralisation dépendra de la capacité des acteurs à relever un certain nombre d’enjeux. La consolidation d’un marché encore naissant reposera ainsi sur une approche globale, tout au long de la chaine de valeur, combinant maîtrise des coûts de production et de déploiement, flexibilité des contenus (comment faire évoluer ces offres au gré des expositions et/ou des avancées scientifiques, sans rebâtir un projet entier ?) et solutions techniques adaptées (interopérabilité, confort et expérience collective du public).
Pourquoi le son immersif est-il de plus en plus utilisé dans les lieux culturels ?
Le son immersif enrichit les visites en ajoutant une expérience sonore en 3D, complémentaire à la médiation visuelle. Il est innovant, engageant et souvent plus économique à produire que des expériences audiovisuelles complètes.
Quels sont les avantages du son immersif pour les publics spécifiques ou éloignés ?
Le son immersif rend les lieux culturels plus accessibles grâce à des contenus adaptés aux personnes en situation de handicap ou en langues étrangères. Il attire aussi les jeunes grâce à son caractère innovant et interactif.
Quels sont les principaux défis pour généraliser le son immersif dans les lieux culturels ?
Les défis incluent la maîtrise des coûts, l’adaptabilité des contenus aux évolutions, et le développement de dispositifs collectifs et confortables. Ces éléments sont essentiels pour éviter l’isolement des visiteurs et structurer ce marché émergent.