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ESS et politiques culturelles : pour de nouveaux modèles territoriaux de coopération

25 septembre 2026

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Face à la contraction des budgets publics, à l’évolution des attentes des habitants et à la recomposition des dynamiques locales, les politiques culturelles territoriales sont appelées à se réinventer. Dans ce contexte, l’économie sociale et solidaire apparaît comme un cadre particulièrement fécond pour penser de nouvelles formes de coopération, de gouvernance et d’ancrage local. Sans constituer une réponse unique ni une solution de substitution au désengagement public, elle ouvre des perspectives concrètes pour mieux articuler culture, utilité sociale et développement territorial.

L’ESS, un modèle économique déterminant pour le développement territorial

À l’occasion du Forum mondial de l’Économie Sociale et Solidaire, organisé pour la première fois en France à Bordeaux en octobre 2025, l’ESS s’est affirmée comme un modèle économique à part entière capable de répondre aux grands défis contemporains. Elle constitue en effet un cadre de réflexion de plus en plus pertinent pour penser les modèles territoriaux dans un contexte de fortes contraintes budgétaires et de recomposition des attentes sociales. Avec plus de 10 000 participants issus de 109 pays, le GSEF a confirmé la montée en puissance d’approches fondées sur la coopération, l’ancrage local et la recherche d’utilité collective.

Le modèle culturel territorial face à un changement de dynamique

Le secteur culturel se trouve aujourd’hui au cœur de ces interrogations. Depuis plusieurs années, les politiques sectorielles font face à un déséquilibre croissant entre l’élargissement des missions assignées aux structures et équipements culturels et la contraction progressive des moyens publics qui leur sont alloués. Le Baromètre 2025 de l’Observatoire des Politiques Culturelles montre ainsi que 47 % des collectivités ont réduit leurs budgets culturels entre 2024 et 2025, contre 21 % seulement sur l’exercice précédent, avec une situation particulièrement marquée dans les régions et départements. À cette fragilité financière s’ajoute une transformation plus profonde des attentes territoriales. Les équipements culturels ne sont plus seulement perçus comme des lieux de diffusion artistique, mais aussi comme des espaces de sociabilité, d’animation locale, d’attractivité ou de revitalisation.

Une hybridation des modèles : une réponse pertinente sans être une solution unique

Cette évolution des attentes ne signifie évidemment pas que toutes les structures culturelles auraient vocation à devenir des lieux hybrides ou polyvalents, loin s’en faut. Certains équipements nécessitent au contraire une spécialisation affirmée, des exigences techniques spécifiques ou une autonomie artistique qui ne se prêtent pas nécessairement à des logiques de mutualisation élargies. Mais pour une partie croissante des lieux intermédiaires, des équipements de proximité ou des projets situés dans des territoires fragilisés, la question du modèle économique et du rôle territorial devient centrale, au moins pour la force publique.

C’est dans cet espace que les modèles de l’ESS apparaissent particulièrement intéressants. Non parce qu’ils constitueraient une solution de substitution au désengagement public, mais parce qu’ils offrent des cadres de gouvernance et d’organisation capables d’articuler plusieurs dimensions trop souvent traitées séparément : activité économique, attractivité touristique, utilité sociale, implication des habitants et développement territorial.

L’exemple des tiers-lieux comme modèle de coopération et d’ancrage local

L’important développement des tiers-lieux, largement accompagné par les pouvoirs publics, illustre bien cette évolution. Friches réhabilitées, cafés associatifs, lieux patrimoniaux hybrides ou espaces mutualisés combinent aujourd’hui des fonctions multiples couvrant la programmation culturelle, le coworking, l’artisanat, la restauration, la formation, le tourisme local ou encore les services de proximité. Leur intérêt réside moins dans la diversification des activités elle-même que dans leur capacité à produire des écosystèmes locaux de coopération.

Ils créent en effet des points d’ancrage dans des territoires confrontés à la disparition progressive des lieux collectifs, soutiennent des dynamiques entrepreneuriales locales et favorisent des formes d’engagement citoyen plus horizontales. La culture y conserve très souvent une place essentielle, non comme simple composante programmatique, mais comme facteur de lien, de dialogue et d’appropriation collective.

L’ESS est un outil de résilience territoriale

L’intérêt du modèle ESS tient précisément à cette capacité d’hybridation et de résilience. Les structures coopératives ou associatives permettent de mobiliser des ressources diversifiées, de construire des gouvernances multi-acteurs et d’inscrire les projets dans une logique de long terme moins exclusivement dépendante de la rentabilité immédiate. Leurs modèles de gestion et de portage juridique, dont les SCIC, en permettant d’associer collectivités, salariés, usagers et partenaires privés dans une même gouvernance, proposent une forme de gestion adaptée à des équipements considérés comme des biens communs territoriaux.

Cette approche invite également à déplacer le regard porté sur l’investissement public culturel. Dans un contexte de tension budgétaire durable, la question n’est plus uniquement celle du financement de programmations artistiques, même si elle demeure essentielle, mais celle du maintien d’infrastructures sociales et territoriales capables de produire plusieurs formes de valeur.

La plupart des lieux culturels génèrent en effet bien davantage qu’une fréquentation, ils participent à l’attractivité résidentielle, soutiennent l’économie présentielle, renforcent les sociabilités locales et contribuent à l’identité des territoires.

Accompagner plutôt que transférer : le rôle fondamental des collectivités

Pour autant, les fragilités du modèle de l’ESS ne doivent pas être sous-estimées, surtout en ces temps particulièrement alarmants. Les données récemment publiées par ESS France montrent en effet que le secteur traverse lui-même une période de fortes tensions, avec plus de 10 000 emplois perdus en 2025. Les structures demeurent confrontées à des marges faibles, à des modèles économiques complexes et à une dépendance persistante aux financements publics qui se raréfient. Rappelons en effet que le projet de loi de finances 2026 prévoyait une baisse de 54 % du budget de l’ESS, de 95 % pour les tiers-lieux et des subventions aux associations toujours plus restreintes. Les logiques coopératives demandent par ailleurs du temps, de l’ingénierie et une capacité d’animation souvent sous-estimée par les politiques publiques.

Repenser l’investissement et le soutien à la culture à l’échelle des territoires

L’enjeu pour les collectivités n’est donc pas de considérer l’ESS comme une solution miracle ou un moyen de transférer la charge financière vers les acteurs locaux. Il consiste plutôt à reconnaître que certains équipements, structures et lieux hybrides induisent une utilité territoriale qui dépasse largement les politiques sectorielles traditionnelles. Soutenir ces formes revient en effet moins à financer un secteur qu’à investir sur le long terme dans des capacités locales de coopération, de cohésion sociale et de résilience territoriale.

Dans un contexte où les marges budgétaires se réduisent durablement, les modèles de l’ESS offrent des pistes crédibles pour repenser la place des équipements culturels et des lieux collectifs dans les dynamiques territoriales contemporaines. Non comme des alternatives marginales, mais comme des formes d’organisation susceptibles de mieux articuler culture, développement local et intérêt collectif.


L’économie sociale et solidaire ne constitue ni un modèle unique ni une réponse miracle aux tensions que traversent aujourd’hui les politiques culturelles. En revanche, elle permet d’ouvrir des voies nouvelles pour penser des équipements et des projets culturels davantage ancrés dans leur territoire, plus coopératifs dans leur gouvernance et plus attentifs aux multiples formes de valeur qu’ils produisent. À l’heure où les collectivités doivent arbitrer dans un contexte budgétaire contraint, l’enjeu est moins de substituer l’ESS à l’action publique que de s’appuyer sur ses principes pour construire des dynamiques culturelles plus résilientes, plus collectives et plus durables.


Pourquoi l’ESS est-elle de plus en plus mobilisée dans les politiques culturelles ?

Parce qu’elle propose des modes d’organisation fondés sur la coopération, l’ancrage local et l’utilité collective. Dans un contexte de tension budgétaire et de transformation des attentes territoriales, elle offre des cadres intéressants pour articuler culture, développement local et cohésion sociale.

Les tiers-lieux sont-ils une solution adaptée à tous les équipements culturels ?

Tous les équipements culturels n’ont pas vocation à devenir hybrides ou polyvalents. Certains nécessitent une spécialisation forte. En revanche, pour des lieux intermédiaires ou de proximité, notamment dans les territoires fragilisés, les tiers-lieux peuvent représenter une réponse pertinente.

En quoi les modèles coopératifs sont-ils utiles pour la culture ?

Ils permettent d’associer plusieurs parties prenantes, collectivités, salariés, usagers, partenaires privés, dans une même gouvernance. Cette logique favorise l’inscription des projets dans le temps long et une meilleure prise en compte de leur utilité territoriale.

Quel doit être le rôle des collectivités face à ces nouveaux modèles ?

Les collectivités ont un rôle d’accompagnement essentiel. Il ne s’agit pas de transférer la charge financière vers les acteurs locaux, mais de reconnaître la valeur territoriale de ces projets et de soutenir leur développement par de l’ingénierie, des moyens et une vision de long terme.

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Rédigé par Marjorie LELANDAIS Manager

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